La Russie toujours attirée par le modèle Européen


Une majorité de Russes est attirée par le modèle occidental

Tous les citoyens américains ne sont pas des fous de guerre et tous les citoyens russes ne sont pas des suppôts de Satan. Qu’un caprice dont l’Histoire est pleine leur ait donné des dirigeants pas bien sympathiques ne doit pas donner prétexte à détester les uns ou les autres. Je n’apprécie pas du tout les amalgames et les raccourcis des médias et de certains commentateurs à propos de ces pays. Lorsque les GI sont arrivés sur les côtes normandes en 44 tous nombre d’entre-eux ne connaissaient même pas l’existence de la France.  Pourtant on était bien content de les recevoir. De même, en 1814, les Français étaient bien contents de pouvoir compter sur la bienveillance du Tsar Alexandre pour nous protéger de l’appétit des nations qui venaient d’abattre Napoléon. En fait peu de Français connaissent les USA et encore moins le continent immense qu’est la Russie. Alors à défaut de pouvoir nous aimer les uns les autres, commençons donc par nous connaitre les uns les autres !

La Russie a toujours eu des relations compliquées avec l’Europe. De préférence à la thèse d’une Russie eurasienne, celle-ci est plutôt attirée par le modèle européen sauf que les Russes se sont toujours sentis « de trop » à la table de l’espace européen. Comme le raconte une spécialiste de l’histoire de l’URSS, madame Carrère d‘Encausse, les Russes ont souffert d’une sorte de négationnisme de la part de leurs voisins occidentaux qui les « regardaient de haut ». Pourtant les Russes ne sont plus des moujiks incultes et ils aspirent eux aussi aux bienfaits du progrès, de la civilisation. De plus, nombre d’observateurs pourraient vous confirmer qu’ils sont souvent bien plus cultivés que nous le sommes.

Après avoir été un bouclier à l’hégémonie nazi, la Russie protège les valeurs chrétiennes et occidentales de l’Europe. Elle vient de le confirmer encore récemment en bloquant l’offensive des Azerbaïdjanais, prêts à massacrer les habitants du Haut-Karabakh avec l’aide de la Turquie et ses supplétifs djihadistes, là où les Européens ont détourné le regard. Contrairement à l’Europe, la Russie entretient des relations étroites avec ses proches voisins que sont la Turquie, la Syrie, l’Egypte, l’Irak, l’Iran ou encore le Kazakhstan avec lesquels elle est obligée de composer compte tenu de la forte présence de ses ressortissants musulmans.  Durant son histoire mouvementée, bien que de religion orthodoxe, elle s’est donné la mission de protéger les catholiques contre les visées de l’empire ottoman. Pendant des décennies elle a contenu les visées territoriales des Turcs à qui elle a fait la guerre à plusieurs reprises. Un temps allié, un temps adversaire ! Nos concitoyens d’aujourd’hui ne se souviennent sans doute pas de l’élégance du Tsar Alexandre III en avril 1814, lors de l’abdication de Napoléon vaincu par les armées étrangères alliées du futur Louis XVIII. Alors que les Russes tenaient et occupaient Paris, il n’y eut ni exactions, ni pillages, ni maltraitances. Ce qui valut à l’armée russe, installée un peu partout dans Paris et ses faubourgs, dont les champs Élysées, de faire l’objet d’une grande curiosité de la part des Parisiens. Durant les négociations qui suivront, le Tsar Alexandre protègera la France, qu’il considère comme une alliée, des conséquences de sa défaite par un pacte d’alliance qui sera signé en 1891. Paris reconnaissante lui dédiera un pont, le pont Alexandre III, inauguré lors de l’exposition universelle de 1900 et destiné à symboliser l’amitié franco-russe. Notre diplomatie semble l’avoir oublié, les Russes sont francophiles, amoureux de la France de la Révolution, de cette société française qui – mais ne le répétez pas – semble avoir réussi un socialisme à visage humain qui leur a échappé.

Leur pays s’est épuisé moralement et économiquement à faire vivre le mythe d’un communisme heureux, erreur que font les occidentaux de leur côté en s’imaginant qu’il existe un capitalisme heureux. Le pouvoir soviétique n’a jamais cessé de martyriser les nations sous son influence. Les déplacements massifs de populations, les modifications incessantes de leurs frontières, les exactions subies par les uns ou les autres auront traumatisé une société russe qui se voit, malgré ses malheurs, considérée par ses voisins comme l’empire du mal. Pourtant ce sont les mères russes, et non les interventions occidentales, qui ont par leur courage révélé les brutalités de l’armée soviétique, y compris sur ses propres soldats. Encore aujourd’hui, des millions de citoyens russes et biélorusses ont manifesté et manifestent encore contre l’absolutisme du pouvoir au péril de leur vie.

Peu d’observateurs se soucient de la complexité des relations qui existent entre la Russie et ses anciennes marches. Pays limitrophes, devenus indépendants mais encore habités par de très nombreux Russes qui ont la nostalgie de l’empire, de l’URSS. Cette aspiration a entrainé l’intervention de Poutine en Ossétie, en Crimée, il ne pouvait faire autrement. Mais pour le comprendre encore fallait-t-il que les médias européens s’y attardent et expliquent la partition historique qui existait déjà bien avant les évènements de Maidan. La maltraitance passée des pouvoirs russes envers ses citoyens permet à l’Otan de présenter la Russie moderne comme une puissance malfaisante et justifier ses implantations militaires. Implantations ressenties comme autant de menaces et d’exemples de défiance de ses proches voisins. La propagande hégémonique des américains est particulièrement efficace sur les esprits européens, toujours peureux, face à une nation qui se reconnait majoritairement dans les valeurs occidentales. Quel gâchis ! pourront écrire un jour les historiens.

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