Interprètes rebelles


Certains peuvent s’étonner du discours rebelle de notre pianiste. Arianna exagère-t-elle lorsqu’elle condamne l’académisme et l’étroitesse d’esprit de certains commentateurs et critiques de son jeu ? Pourtant les plus grands interprètes contemporains n’y échappent pas. La géorgienne Khatia Buniatishvili, pianiste à la forte personnalité et surdoué, au parcours exceptionnel, n’y échappe pas. Ses fans louent sa virtuosité, ses détracteurs lui reprochent une interprétation trop libre et émotive des œuvres. Certes on ne peut pas plaire à tout le monde mais quand même, certains ont la dent dure ! Jugez vous-même.

« Nouvelle venue dans le cercle des pianistes dont on parle, la Géorgienne, à l’instar de Lang Lang à ses débuts, Khatia Buniatishvili divise. Si le pianiste chinois bénéficier du crédit d’être chinois (et donc potentiellement moins adapté à jouer la musique occidentale !), la Géorgienne est au contraire dépositaire de la grande tradition du piano soviétique. De surcroît, Khatia Buniatishvili travaille depuis 2007 avec Oleg Maisenberg à l’Académie de musique et d’art dramatique de Vienne. Elle possède donc une technique qui lui permet de prendre un cran au-dessus les œuvres de grande virtuosité comme la Méphisto -Valse de Liszt, qu’elle joue à la façon imagée d’un cartoon. Et c’est insupportable : que de caricature sous couvert de forte personnalité.  Comment peut-on par exemple déstructurer à ce point la Fantaisie en ut majeur de Schumann ? Ce piano constrictor qui étouffe toute velléité de chant, régurgite par spasmes la polyphonie comme une gerbe, presse et force dans les passages rapides, alanguit et détimbre les plages suspensives, surprend, certes. Mais il est inécoutable. Spectaculaire par nécessité, rhapsodique par essence (la pianiste parle de l’influence de la musique de tradition orale sur son interprétation), c’est un jeu d’hypermarché aux heures de pointe : on y trouve de tout, mais on n’a rien envie d’acheter.

Seconde partie : on attend avec curiosité la Deuxième sonate en si bémol mineur de Chopin, qui valut à Khatia Buniatishvili le 3e prix au Concours Arthur Rubinstein en 2008. Après un premier mouvement “grave-agitato” complètement sous amphétamines, le scherzo ressemblera à une étude virtuose à la Czerny. Quant à la célèbre “Marche funèbre“, étonnamment sage pour le coup, elle se réserve pour une finale hallucinatoire, passé en accéléré du côté de l’école de Vienne, version dodécaphonisme. Prokofiev s’en tirera mieux avec la célèbre Sonate n°7 en si bémol majeur sans atteindre toutefois à l’extase destructrice que lui confère un Grigory Sokolov. » Pas cadeau n’est-ce pas !? »

Khatia Buniatishvili, elle, assume son style et son image sexy qui tranche avec le monde de la musique classique. Quitte à être surnommée la « Beyoncé du piano ».

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