L’infiltration des Services secrets français d’après-guerre


Infiltration des Services secrets

Dès les années 1935, les services secrets français signalèrent à leurs gouvernants les risques élevés de conflit face à une Allemagne en plein réarmement. Leurs avertissements ne furent pas entendus faute de relais politiques. Comme en Russie, les services secrets de l’armée n’étaient pas pris très au sérieux. C’est une France non préparée qui reçut le choc de l’invasion et donna à de nombreux français l’occasion de sauver l’honneur d’un pays à genoux devant la puissance nazi. La guerre de 39/45 va être l’occasion de la multiplication, parfois anarchique, de réseaux de résistants faisant office d’espions spontanés afin de contrer l’occupant. Ils apporteront d’ailleurs une aide précieuse aux alliés tout en donnant aux généraux – à Giraud comme au Général de Gaulle – l’occasion de monnayer politiquement les informations de leurs services spéciaux. Mais si les anglais et les américains n’apprécient pas les généraux français, c’est le Général de Gaulle et surtout Jean Moulin qui n’hésiteront pas à mettre des bâtons dans les roues des responsables français à l’origine des premiers réseaux de la résistance. Ces deniers craignaient de voir cette Résistance devenir une force politique pouvant les gêner dans leur prise du pouvoir d’après guerre. Résultats de cette mauvaise analyse qui va profondément handicaper la Résistance française, ce sont les réseaux d’obédience communistes qui vont à la fois discréditer les fondateurs des premiers réseaux, en arrivant à faire oublier qu’ils étaient d’abord la « cinquième colonne » de Staline avant le retournement d’Hitler, et se poser en recours du peuple face à une résistance déconsidérée.

A l’époque les français de la résistance posaient un problème très particulier, aujourd’hui oublié, qui hérissait les américains et leurs alliés britanniques. Une bonne partie des réseaux de la résistance française était issue des structures du parti communiste devenu un « allié objectif des alliées » lorsqu’Hitler s’en prend au camarade Staline et aux peuples de Russie. Ces réseaux sont noyautés par les communistes qui en feront un atout pour s’infiltrer dans l’appareil d’Etat et les services spéciaux la paix revenue. De leurs positions, ils comptent bien, face aux américains qui tentent de mettre la France sous tutelle, faire opposition à ces derniers. Les vérités sur les réalités du régime de Staline ne sont pas encore connues et par idéal, des milliers de cadres, de professions artistiques, d’élus et de responsables politiques accepteront de travailler – parfois sans le savoir – pour les services secrets russes, le NKVD et le GRU soviétique d’où sera issu le célèbre Orchestre rouge qui opérait sur l’ensemble de l’Europe. Après-guerre, les services secrets français qui prennent le nom de SDEC (Service de Documentation Extérieur et de Contre-Espionnage) restent noyautés par la gauche (c’est l’époque de la SFIO de Guy Mollet). Ce qui facilitera leur infiltration par les soviétiques et sera l’occasion de quelques réactions paranoïaques des services américains, d’autant que de nombreux agents français seront impliqués dans le soutien international aux socialistes, Allende au Chili, Juan Perón en Argentine, en Espagne soutien aux républicains – de gauche – contre Franco ou, il convient de le souligner, pour tirer des griffes des communistes opposants au régime soviétique. On ne s’étonnera pas ensuite que les français aient sur le dos les services de la CIA d’une part et du M16 d’autre part.

Dans les années d’après-guerre, le jeu des espions et du contre-espionnage joue à plein. Les services secrets sont devenus une jungle où même un bon spécialiste peu se perdre. Des hommes courageux jusqu’à l’inconscience feront leur devoir mais d’autres n’ont de cesse de prendre des postes en faisant des croches pattes à leurs petits camarades. Les hommes de l’ombre, dont certains font de l’espionnage une affaire de famille, se soutiennent ou se trahissent allègrement. Le plus désastreux dans toutes ces cachotteries et manœuvres plus ou moins réussies entre « alliés », c’est que ce sont les Russes qui tirent les marrons du feu. Grâce à leurs taupes, les Russes sont parfaitement informés de tout ce qui se dit et se passe en France. Cette guerre entre services, ce manque de rigueur, permettra au contre-espionnage russe de décimer des réseaux entiers installés dans les pays de l’Est (Pologne, Autriche, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie…) avant que les occidentaux ne comprennent qu’ils sont serrés à la culotte.

Lorsque la Légion Rouge prend ses quartiers en Europe, la guerre froide se termine et les héros se sentent bien seuls, les petits jeux d’espions n’intéressent plus grand monde. Il faut faire du fric. Malto Gümûs était là pour cela. Le succès de l’opération menée par Raveszac en novembre 1989, lors de la chute du mur de Berlin, avait permis de récupérer des informations hautement sensibles sur les « honorables correspondants » identifiés des deux camps au bénéfice de la Légion Rouge. L’idée de Malto Gümüs avait consisté à créer à l’étranger des sociétés commerciales, pratiquant l’import-export en majorité, qui serviront à la fois de couverture et de sources de financement du réseau. Récupéré par la Légion Rouge, le réseau deviendra au fil des années un réseau d’influence, sans convictions politique, ni morales d’ailleurs. À la tête de ces sociétés, Gümüs a placé des hommes de confiance, communistes ou non, qui agissent moins par conviction que par intérêt.

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