Des verres de vue pour les chasseurs corses


cochons ou sangliers

Si le bonheur est dans le pré pourquoi ne pas l’imaginer ici. Je commence à m’habituer au 15° matinaux alors que le froid vient couvrir la fenêtre de ma chambre de buée. Le plus dur est de quitter un lit que j’ai eu un peu de mal à chauffer (Je manque de compagnie ici pour faire le travail !). Le radiateur de la salle de bain essaie péniblement de limiter la sensation qu’elle s’est transformée en réfrigérateur. Même l’eau chaude a du mal à se frayer un chemin jusqu’au lavabo, elle abandonne – comme moi – lorsque je raccourcis le temps de mes ablutions. Dieu merci, le radiateur de la cuisine tient bon et je petit-déjeune sans devoir mettre ma doudoune.

Autre occupation paysanne ; je me suis mis en tête d’apprivoiser tout animal passant à ma portée. Pour les chats, j’ai du mal. Ils veulent bien croquer mes croquettes mais impossible de les approcher à moins d’un mètre. Les cochons veulent bien me faire la conversation (c’est pittoresque et je suis sûr de grogner au moins aussi bien qu’eux) mais eux aussi s’éloignent dès que j’approche. Par contre, il y en  a un que je laisse tranquille, un monstre qui, comme par hasard hante ma châtaigneraie. Il fait au moins la taille de quatre ou cinq cochons normaux. Je ne suis d’ailleurs pas le seul qui s’en méfie, beaucoup de mes voisins ont préféré abandonner le ramassage des châtaignes dans le coin à la vue de ce bel animal. Néanmoins, j’ai eu droit à quelques petites victoires dans l’élaboration de mon zoo personnel. Les chiens du village viennent bien volontiers me dire bonjour depuis que je leur ai abandonné mes saucisses de Strasbourg. Mieux encore, j’ai été adopté par une vénérable vache, noire aux cornes bien pointues, depuis que je lui donne mes quignons de pain. Il faut la voir faire la police auprès de ses congénères afin de se garder les plus nombreux morceaux. Elle vient les prendre délicatement dans ma main avec sa grosse langue violette et râpeuse. Problème, involontairement je suis la cause de gros embouteillages dans l’unique rue du village. En effet, ma vénérable bête à corne étant tombée amoureuse de ma casquette et de mes quignons – je n’ose penser que cela pourrait dépasser ce stade –  elle a décidé de passer la plupart de son temps devant la maison en attendant la prochaine distribution. Comme elle entraine avec elle un petit groupe de bêtes, cela gêne les passants et les automobilistes. Ces derniers commencent à me regarder de façon soupçonneuse. Aussi, je me garde – vous vous en doutez bien – de me vanter de mes exploits. Manquerait plus que les cochons s’en mêlent. Bon je crois que je vais me contenter de tenter d’apprivoiser les petits chats… pas gagné mais au moins le maire du village ne sera pas obligé de mettre un sens alterné de circulation devant la maison.

Une circulation ralentie aussi, non par l’augmentation des voitures, mais pas la profusion de bogues qui tombent sur la route. Le voisin aux chiens et aux joues très rouges m’a raconté qu’en fin de saison on balayait les tas de bogues afin de les bruler sur les bords des chemins. Pas vu pour l’immédiat. J’apprends plein de choses. Je papote avec les passants qui, face à mon chantier pour rénover la maison de famille, viennent me plaindre (Ho, quel travail mon bon monsieur !) ou me féliciter de me voir en train de peindre ou de tenter de casser le portail avec ma perceuse (Ho quel travail mon bon monsieur !). Puis tous me disent que le temps est anormalement magnifique – je ne m’en plaindrai pas merci – et que l’on va manquer d’eau, et toc ! Je suis tombé dans le panneau, car maintenant ils vont me raconter, un tour d’horloge à la clé, comment on faisait autrefois. Les canaux d’irrigation, qui ont disparu ( voyez votre jardin), le réservoir à eau ( en haut) aussi, qui est à sec, la fontaine qui ne marche plus… et de fils en aiguille, moi avec mon pinceau qui sèche à la main, je fais mes classes sur l’histoire du village vue par des personnalités bien différentes. Je me disais hier – justement- que j’avais durant ce séjour fait la connaissance de plus de gens qu’en 30 ans de passage dans ma maison au bord de la mer mais loin des voisins. Comme je suis d’un naturel liant (voir plus avant l’épisode zoo) cela me convient bien. D’ailleurs la larme à l’œil de Zoé ma voisine, que j’aide à chasser les cochons qui envahissent sa propriété dès qu’elle a le dos tourné, ainsi que l’augmentation des invitations à venir prendre un pot (de bière à la châtaigne), illustre ma lente progression vers la magistrature suprême : Être un voisin fréquentable ! Mais, je reste sage, par la force des choses : Les jolies filles ne fréquentent pas le seul établissement public de la commune que je connais à savoir… l’église. Pas très sexy la visite, les entrées sont rares sauf les jours de glas (ho !).

Aujourd’hui, il fait beau… et froid ! Brrr 11° sur le devant de ma porte, je n’ose imaginer la température qu’il fait au-delà. J’ai mis une grosse paire de chaussettes en laine et pris avec moi la boite de mouchoirs pour contrer le nez qui coule. Chassé sans doute par le temps qui se prépare à l’hiver, le village se vide et se fait silencieux. Des voitures passent encore mais je note qu’elles sont remplies de chiens et plutôt le fait des chasseurs du dimanche. Il faut les voir plantés tout du long des chemins, harnachés façon commando, attendant patiemment qu’un malheureux sanglier traqué par les chiens, passe dans le coin alors que des dizaines de cochons sauvages leur passe impunément sous le nez manquant chaque jour de créer des accidents. Comme je m’interroge sur cette curiosité locale, j’en déduis qu’ils manquent de bonnes lunettes. J’en veux pour preuve qu’ils tirent à vue la majorité des panneaux de signalisation. Faute de cadavres de sangliers, vous trouvez tout du long des routes, des chemins les plus reculés, des malheureux panneaux criblés de balles, troués de chevrotines. Néanmoins, de temps à autre, au détour d’un virage, on tombe nez à nez – façon de parler – avec le cadavre d’une grosse vache. Tiens un tireur fou, mal couvert par la Sécu, pour se payer des lunettes -se dit-on – mais non, Elle a simplement dévalé de la montagne pour s’être prise pour une chèvre ! On m’a affirmé dans un café sentant la bière (à la châtaigne), que ce n’était pas toujours vrai. Parfois c’est le fait d’un chauffeur plus habile que la moyenne qui a réussi à atteindre la bête avec son parechoc. Comme je m’étonne que ce dernier ne prenne pas en charge son trophée pour l’amener à sa cuisinière de femme, on me rétorque que c’est le fait des chasseurs du dimanche (et du samedi) qui ne savent pas dépecer la bête abattue. Et de m’avouer «  Ici, il y a plus de tireurs que de chasseurs ». Dès que suis président, je décrète l’ouverture permanente du tir aux cochons sauvages.

 

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