Ma Pomponnette Corse


Elle ne m’aime pas. Elle n’aime que mes croquettes. Dans son costume de soirée blanc et noir qu’elle porte toute l’année – bêcheuse – elle ne fréquente pas n’importe qui. Elle a beau crier misère dans un village vidé de ses habitants, elle ne se laisse pas approcher.

Lorsque la princesse traverse mon jardin, j’ai la sensation qu’il est truffé de mines. La patte est circonspecte, le minois ne cesse de passer au radar tout ce qui bouge et même ce qui ne bouge pas. Ce qui arrive à devenir amusant. Qu’une brindille tombe d’un arbre, qu’une feuille salue son passage et la voilà qui fait des bonds terribles. Elle est émotive ma princesse, mais non dépourvue d’appétit. Si par distraction j’ai oublié de remplir la soucoupe qu’elle vient visiter régulièrement, la voilà qui, de derrière la vitre de ma cuisine, râle, m’engueule avec force miaulements déchirants. Heureusement, il n’y a pas grand monde, les voisins vont croire que je l’égorge ! Toutes affaires cessantes, je me plie au caprice de la dame qui visiblement attend une portée de plus. Une portée qui va probablement périr cet hiver prochain, faute de soins. Comme chaque année. Nous sommes un peu en froid d’ailleurs de ce côté-là. Comme elle nous pond des petits chats vite aussi sauvages qu’elle, pas possible d’en adopter un. Ils sont aussi fuyants que de la poudre d’escampette. L’an dernier je guignais un mignon petit roux mais la voisine avait une gamelle plus remplie que la mienne, perdu !

Sinon, un rituel s’est installé. Je remplis sa soucoupe le matin, en échange de quoi, elle cesse de miauler qu’on l’affame. Mieux, elle accepte – royale – de s’installer au soleil de ma terrasse où elle se prélasse goguenarde et insaisissable. Dès que j’entame un travail d’approche, elle est déjà au fond du jardin avant que j’aie fait deux pas. Alors je l’ignore, ce qui semble l’arranger. Je vaque à mes occupations sans me mêler des siennes, assez succinctes, il faut bien le dire. Manger mes croquettes, se lisser le poil, m’alerter que j’ai un visiteur qu’elle entend des heures avant moi, et se bronzer au maigre soleil de la fin d’hiver, cela semble tout à fait lui convenir.

Petit à petit je me laisse aller à cette idée tout à fait idiote que Pomponnette a peut-être trouvé la bonne manière de profiter du temps qui passe. En tous cas, je ne la vois pas courir beaucoup après les gibiers de son espèce. Visiblement elle fiche une paix royale aux mulots et aux oiseaux qui viennent chiper les miettes que je jette tous les matins devant ma porte. Bon, je me vois mal hurler pour obtenir ma pitance, d’autant que le coin est bien loin des restos du cœur. Mais lâcher un peu mes bricoles et mes textes me disais-je, ne peut pas me faire de mal. Alors voilà, si vous me surprenez en train de faire la sieste dehors, sous les rayons d’un soleil qui commence à être généreux, ne vous y trompez pas, c’est de la faute à Pomponnette.

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