Soins palliatifs : Messieurs les députés, informez-vous sérieusement !
Comme beaucoup d’entre vous j’ai mon lot de parents, d’amis et de connaissances décédés, disparus toujours bien vivants dans ma tête. Chacun a son histoire. Certains ont fait le choix de partir volontairement, pour fuir la douleur, pour fuir la déchéance physique et morale, pour éviter plus de peines et de souffrances à leurs proches. Ils sont partis volontairement, parfois avec la complicité passive du corps médical. Chaque fois c’est une histoire particulière, chaque fois brutale, cruelle dont on ne se remet jamais totalement.
Mais la plus cruelle de ces morts aura été celle d’une mes parente confiée à un service de soins palliatifs. Y penser me met encore en rage. A cause du cancer qui la rongeait elle était sous sédatif. Encore consciente, elle me confiait ses derniers souhaits, ses désirs, encore accrochée à la vie. Elle était, c’est vrai, déjà incohérente mais calme. Un matin je suis arrivé pour la voir totalement inerte, apparemment plongée dans un sommeil profond. Le personnel interrogé m’a fait savoir qu’elle s’était plainte dans la nuit et l’interne avait augmenté la dose de sédatif.
J’avais devant moi, une vieille femme qui pesait une plume, profondément endormie. Ce qui se passa durant les quatre jours suivants m’a définitivement convaincu que l’on attendait trop des soins palliatifs. Pendant quatre jours, cette femme, qui avait échappé avec sa mère à la déportation, gisait inconsciente, un faible mouvement de la poitrine la montrait encore vivante. Durant ces quatre jours j’ai compris ce que « palliatif » voulait dire. Durant ces quatre jours, elle n’était plus alimentée. Durant ces quatre jours j’ai vu ma parente « manger » son corps. Maigrir jusqu’à devenir un cadavre au souffle court. Lorsque j’ai interpellé une soignante sur l’aide à mourir, celle-ci m’a répondu, au demeurant fort gentiment, que ni elle, ni personne ne pouvait intervenir dans l’agonie de ma parente quelle qu’en soit la durée.
Elle n’a plus été consciente jusqu’à sa mort. J’étais à ses côtés. Mon portable proche de son oreille, je lui faisais écouter de la musique classique. Je sentais qu’elle réagissait et l’idée m’est venue que son coma ne l’empêchait peut-être pas de souffrir. On lui avait seulement enlevé la possibilité d’exprimer toute réaction à la douleur. Imaginez, si vous le pouvez, de rester des jours sans manger… rien que cela, la douleur peut devenir atroce… Cette idée me hante depuis. Alors Messieurs les députés, ne cherchez pas à vous rassurer sur le sujet sans examen critique. A la place de ma parente il y aura peut-être un jour un de vos proches.
Denys Detter