Le contournement de l’embargo à partir de Kaliningrad


trajet contre l'embargo russe

Extrait Saison III – A la frontière russo-polonaise, en Prusse-Orientale, entre la Pologne et la Lituanie existe une enclave territoriale autrefois connue sous le nom de Königsberg maintenant totalement isolée du territoire russe. Cette microrégion russe (ou oblast de Kaliningrad) est une singularité géopolitique. Lieu de naissance de l’ex-femme de Poutine, elle occupe rarement l’actualité et pour tout dire n’intéresse pas grand monde… en dehors des états-majors militaires et de la famille Maguilev.

Königsberg était l’ancienne capitale des Chevaliers teutoniques, royaume de l’ancienne Prusse. Malgré une longue résistance d’une partie de ses habitants, les pays baltes seront incorporés au bloc soviétique de 1944 à 1991. L’antisoviétisme constituera un bagage culturel qui pèsera longtemps sur les comportements des populations de la région qui souffraient des privations consécutives au régime communiste. Privations suscitant des migrations quasi quotidiennes entre les pays de la région afin de se procurer des denrées sinon inaccessibles. En 1946, Königsberg changera de nom en devenant Kaliningrad du nom du président du Soviet suprême, Mikhaïl Kalinine. Officiellement ce territoire était une compensation des destructions subies lors de la seconde guerre mondiale. La population allemande n’eut que quelques jours pour quitter les lieux et laisser la place aux survivants de plusieurs villages biélorusses détruits par les nazis. Au fil des années la ville, l’oblast, occupé militairement dans un premier temps a définitivement pris sa physionomie russe, rejetant tout ce qui faisait partie de son passé prussien. Poste enfoncé dans le dispositif de l’Otan, la ville est devenue l’un des ports militaires les plus importants de l’Union soviétique en mer Baltique. Moscou n’est qu’à un peu plus de mille kilomètres de là. En 2015, en représailles des installations militaires en Géorgie les Russes y ont transféré des missiles Iskander, des armes antinavires, des défenses aériennes et des équipements de guerre électronique. Des brouilleurs ont été installés destinés à troubler la possible installation du bouclier anti-missile américain.

Depuis l’adhésion des pays baltes à l’Union européenne, la micro région, qui a gardé sa vocation de plaque tournante du commerce inter régional, est désormais une enclave russe en territoire européen. C’est aussi un nœud important des liaisons ferroviaires et maritimes dans la région. Depuis les habitants actuels de l’oblast de Kaliningrad, ont projeté de devenir une zone franche pour l’ensemble des transactions commerciales des pays voisins… sans succès jusqu’à 2012. Année à partir de laquelle, les habitants et les marchandises des zones frontalières de la Voïvodie de Warmie-Mazurie en Pologne et des pays baltes ont pu échanger librement. A cette occasion neuf organisations originaires du Danemark, de la Lituanie, de la Pologne, de la Russie et de la Suède, avaient décidé de créer une euro-région de la mer Baltique. Ce développement avait donné des idées à quelques oligarques russes alliés dans la Baltic Coopération Européenne. Ayant acquis sans trop de difficultés une personnalité juridique, la BCE était sous la direction de leur président Ouïllev Maguilev, un russe propriétaire d’un conglomérat de pêche implanté à Kaliningrad depuis une quarantaine d’années qui comptait bien profiter de cette opportunité.

Maguilev était dans les petits papiers du commandement russe en mer du Nord. Ses bateaux étaient souvent utilisés comme plate-forme d’observation et d’espionnage des installations militaires de l’Otan dans les mers du Nord. Ouïllev Maguilev se tenait sur une ligne d’équilibre facilitant ses affaires et celle de la BCE sans trop attirer l’attention. Important propriétaire terrien, Maguilev avait acheté un peu partout, en Pologne notamment, d’immenses terrains agricoles dont l’exploitation était confiée à des gérants expérimentés venus de toute l’Europe. Dans cette micro région de l’ex empire soviétique sous étroite surveillance des américains, père des deux jolies jumelles, toujours avisé, avait su tirer habilement parti du nœud de communication et de transit que constituait ses activités de pêche, puis de transport de marchandises entre les différents pays de la région. Avec une habilité consommée, Le président de la BCE s’était constitué l’image d’un homme généreux connu pour ses donations aux associations caritatives de Kaliningrad et ses deux filles, deux sœurs jumelles qui ne manquaient jamais l’occasion de se montrer en sa compagnie en train d’offrir une soupe ou un cadeau à des miséreux, à des nécessiteux locaux.

Ça s’était pour la façade… qui au fil du temps ne trompait plus grand monde car ses deux jumelles de filles n’avaient visiblement pas la même prudence. La presse occidentale avait tôt fait de noter qu’elles flambaient des fortunes dans les boites de nuit à Moscou mais aussi dans les casinos de Macao et de Monaco où elles se montraient volontiers en compagnie de beaux garçons, gigolos parfois, mais toujours ensemble. On ne leur connaissait aucun flirt sérieux, aucun autre hobbit que de conduire leurs affaires d’une main de fer. Après des années de règne autoritaire et sans partage, Ouïllev Maguilev qui se faisait vieux avait progressivement laissé ses deux filles jumelles, Lolla et Loullia, prendre les rênes de son empire qui allait bien au-delà de l’oblast de Kaliningrad. La BCE dont il resta le président honoraire devint l’instrument des ambitions de ses deux filles. Toutes deux avaient fait d’excellentes études dans une pension Suisse puis, un passage à Cambridge, avant de terminer leurs études à Stanford University. Toujours ensemble, véritables sœurs siamoises, Lolla et Loullia n’avaient pas connu leur mère morte en couche. Elles avaient été gâté par leur père qui ne savait, ni n’avait jamais su rien leur refuser. Capricieuses, les deux jumelles formaient un duo sans scrupules.

Très vite elles se firent une réputation de prédatrices de l’économie de l’oblast de Kaliningrad. Rien ne semblait pouvoir échapper à leur volonté de puissance. Elles ne se gênaient pas pour spolier ou conduite à la ruine les entrepreneurs qui avaient l’imprudence de se lancer en affaire avec elles. Rien ne semblait pouvoir échapper à leurs caprices. Elles étaient parmi les plus riches héritières de la Russie, leur fortune, leur charme ravageur, car elles étaient belles, blondes et sportives, leur valaient l’attention des médias dont elles se servaient pour attirer les hommes d’affaires mal informés. Fines stratèges, elles avaient compris que tenir la logistique des principales branches d’activités de la région, s’était la savoir à leur merci. Déjà propriétaires d’une flotte de bateaux de pêches et d’un ensemble d’entrepôts frigorifiques sur les côtes, dure en affaires, les nouvelles dirigeantes de la BCE tenait à la gorge tous les producteurs et distributeurs régionaux, d’agrumes, de fruits, et poissons notamment. Pour compléter leur emprise sur les producteurs de la région, il était devenu le principal actionnaire de la Retail Food, un important groupe de distribution alimentaire.

L’annonce de l’embargo entre la Russie et l’Europe fut un coup terrible tant pour leurs affaires que pour le moral de leur père. Il décéda d’une crise cardiaque quelques jours après l’annonce de l’embargo laissant ses filles prendre la direction de son empire, de sa fortune. Celle-ci était suffisamment solide pour que les jumelles diversifient leurs activités dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, et même l’entrée dans le capital d’un magazine et d’une chaine de télévision russe. Mais le groupe restait en danger du fait des restrictions des échanges sous embargo. Face au risque de faillite couru par les activités de la BCE, affectées par l’embargo les deux sœurs jumelles décidèrent de la contourner par tous les moyens. L’une d’entre-elles rencontra un intermédiaire d’une société de transport un peu spéciale qui lui avait été recommandé par une relation. Elle entama avec un mystérieux Igor Rachline, venu de Moscou des discussions pour fournir aux russes, suite à l’embargo européen, de la viande importée d’argentine et autres denrées alimentaires produites ou transformées par ses entreprises. A l’occasion, elle s’intéressa à trouver un accord qui lui garantirait le transport discret des denrées transitant par les entreprises de la BCE. Si elles hurlèrent de frustration lorsqu’elles apprirent les conditions financières que leur imposaient leur interlocuteur, elles les acceptèrent en se promettant de revenir sur le sujet à la première occasion.

Carte du trajet entre Kaliningrad et Moscou:  https://www.google.fr/maps/@55.4739647,24.5394423,6z

 

 

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