Sauvé par Internet


En 2002, à la demande de la CIA, un ancien ambassadeur, Joseph Wilson, est envoyé au Niger pour enquêter sur un éventuel trafic de matériau nucléaire avec l’Irak. Après enquête, Joe Wilson ne trouve rien confirmant cette allégation. Pire, il prouve que les documents sur lesquels se fondait l’administration Bush étaient des faux (voir Scandale du Nigergate) et il le fait savoir à la presse. Par mesure de rétorsion, le secrétaire général du vice-président Dick Cheney, Lewis Libby, dénonce sa femme, Valérie Wilson, en sa qualité d’agent de la CIA. La vie du couple est détruite. En juin 2007, Lewis Libby sera reconnu coupable de quatre des cinq chefs d’accusation qui pesaient contre lui. Il est condamné à deux ans et demi de prison[1]. C’est un tout autre destin qui attend Manning Bradley. Manning Bradley est un tout jeune homme de 23 ans, sans doute idéaliste, menacé de 52 ans de prison et d’exécution.

Ayant accès à des informations confidentielles de l’armée américaine, il prendra le risque de les divulguer, notamment parce qu’il est révolté d’apprendre les conditions dans lesquelles des reporters américains ont été tués en Irak par un hélicoptère de l’armée. D’autant que le film pris par la caméra de bord montre que les tireurs de l’hélicoptère de combat Apache vont jusqu’à abattre des individus venus porter secours aux blessés, des reporters occidentaux. Ce qui est totalement contraire à la convention de Genève sur les lois de la guerre. Manning Bradley est accusé d’avoir procuré cette vidéo de la bavure à WikiLeaks.

On lui reproche en sus d’avoir téléchargé plusieurs milliers de messages du département d’État. Certains représentants des plus hautes institutions américaines vont jusqu’à souhaiter son exécution. La « gorge profonde » de l’armée américaine était sans doute plus inconsciente que courageuse (ce qui explique sans doute ses bavardages imprudents auprès de certains proches). Il sera condamné à 35 ans de prison. Il changera de sexe et d’identité. Transgenre, devenue Chelsea Manning, « elle » sera graciée par Barack Obama en 2017. Elle sera à nouveau emprisonnée pour avoir refusé de témoigner contre Julian Assange, puis relâchée après une tentative de suicide. Encore aujourd’hui, la planète se partage pour moitié entre ceux qui le considèrent le jeune homme comme un traitre et ceux qui le voient comme un héros. Une histoire parmi d’autres qui illustre la difficulté de mettre sur la place publique des vérités parfois dérangeantes. Mais il ne fait pas de doute que la puissance de la clameur publique en sa faveur passant par Internet lui aura été un grand secours et le /la protège (un peu) encore.

[1] Un film a été réalisé par Ken Loach «Irish route» présenté au festival de Cannes 2010

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